JEAN GAUDREAU

L' art pour améliorer la qualité de vie à la maison


Par Michèle LaFerrière (Cahier MAISON, Journal LE SOLEIL 23 Décembre 2006))


L'artiste Jean Gaudreau rêve du jour où les designers d'intérieur trouveront naturel d'intégrer des œuvres à leurs projets résidentiels. « Rendu à l'art, on dirait qu'il ne reste jamais d'argent », déplore~t-il.

«Qu'ils s'éduquent, qu'ils parlent des artistes et de l'art contemporain et qu'ils développent le réflexe de faire appel à nous », lance Jean Gaudreau. Si les gens ont moyens d'embaucher un designer; ils ont certainement les moyens d'acheter des tableaux, plalde-t-il.

L' artiste de Québec a trouvé une facon de s' immiscer dans les résidence. Il a dessiné une table à café très design dont les quatre pattes soutiennent l'un de ses tableaux, qu'il protège avec une plaque de verre. Il l' appelle son œuvre fonctionnelle. «Les gens sont prêts à cette forme d'art, croit-il. C'est idéal pour les intérieurs avec peu de murs.»

Il en a une dans son sous-sol et il en a laissé une autre à la Galerie Cimon, rue Saint-Louis, dans le Vieux-Québec. «Tu entres vraiment à l'intérieur du tableau avec cette table », se réjouit-il. Maintenant qu'il a raffiné son concept, il est prêt à développer une ligne. Et il pense aussi à toutes sortes de variantes. Ses toiles pourraient être placées à la verticale, par exemple, et servir de panneau d'armoire.

Intégrer une œuvre une maison, c' est y convier une âme et une qualité de vie au quotidien.

«Elle suscite la discussion et tu la redécouvres sans cesse, analyse Jean Gaudreau. Tu as l'impression que tes murs vibrent d'émotion », À la blague, il répète que «l'art, ce n'est pas dangereux». Le seul risque, c'est l'accoutumance.

Gaudreau invite donc les designers à se doter de dossiers d'artistes, puis à les soumettre à leurs clients. Belle façon de stimuler les artistes établis et de sortir de l'ombre ceux qui en arrachent. «Les lofts sont des espaces ouverts extraordinaires pour les œuvres d'art», affirme-t-il.



OUI, MAIS

Le designer Sylvain Côté est bien d'accord. «il m'est arrivé de proposer des tableaux à des clients, relate-t-il. Mais c'est dlfficile. Ils ont souvent leurs propres collections.

Il préconise plutôt cette approche «au niveau commercial », Il vient de l'utiliser au restaurant Louis-Hébert, sur Grande Allée. «J'ai fait acheter trois tableaux abstraits de Michaël Nadeau, un artiste de Pintendre, dit-il. Sous forme de collection, c'est intéressant pour créer une ambiance. Dans un restaurant, on a plus le temps. d'admirer. » Sylvain Côté ne cache pas son faible pour les artistes émergents.



EN PARALLÈLE

Jean Therrien, professeur de design d'intérieur à l'Université de Montréal, constate à regret que «les designers d'intérieur ne connaissent pas grand­chose à l'art. Les designers et les artistes se tiennent en paral1èle et ne se regardent pas trop », De tout évidence, il y a de part et d' autre méconaissance qui devrait être corrigée» .

Mais en même temps, soutient­il, il peut y avoir compétition en­tre le design et l'art. Notamment quand le design intérieur d'un lieu est une œuvre en lui-même. «Ce n'est pas évident de faire en sorte que les deux disciplines s'articulent en complémentarité», résume-t-il. L'intégration, ce n'est pas «du patchage de trous».

Le métier de designer d'intérieur a changé. Il y a 30 ans, les décorateurs étaient issus des écoles des beaux-arts. Aujourd'hui, les étudiants en design de l'Université de Montréal sont rattachés à l'École d'architecture. Ils abordent l'art, mais en surface. Jean Thérrien souligne qu'en France, les étudiants en design bénificient d'une formation de cinq ans.